Aline GroÃ?me-Harmon
31 Mars 2008
Port Louis — Star internationale peut-être. Mais il a encore du boulot à faire. Car il ne suffit pas de balancer du «dancehall» jamaïcain pour contenter le public, il faut aussi le respecter.
Il a fallu avoir de la patience avant que ne monte la Temperature. On a beaucoup piétiné la plaine samedi soir au stade de Rose-Hill. Imaginez. Une première partie de spectacle deux fois plus longue que le concert proprement dit. C'est exagéré.
Le public avait rendez-vous à 19 heures. Pour se chauffer au son des platines de trois Dj : Kingdom, Did Steph et Prince V. Cela commence doucement, avec une apparition de Bruno Raya, chanteur-organisateur de l'événement. Qui ne se privera pas de faire remarquer que les Dj se produiront avec des effets réduits - c'est-à-dire sans beaucoup de lumière. Petit règlement de compte dans l'air ?
Toujours est-il que la mayonnaise ne prend pas. On finit par trouver le temps long. On perd patience. On siffle à chaque fois que passe la page pub sur les écrans géants, c'est- à-dire tous les quarts d'heure.
«Donn Sean Paul enn foi.» «Sean Paul rann moi mo kass, mo pe al lakaz». Il est 21 heures. On se pose des questions. «Linn vini mem sa do ?». D'autant plus que Sean Paul a joué au fantôme et qu'avant le concert, aucune image locale de lui n'a été diffusée. On est excédé, on siffle le pauvre Dj qui l'oreille collé à son casque, se concentre sur ses platines. Et fait mine de n'entendre rien d'autre que sa boîte à rythme.
Faire patienter les gens trois heures, faut le faire. Mais le Mauricien a bon coeur. Quand Sean Paul arrive enfin, le public est au rendez-vous. Oubliés l'attente, la fatigue, les enfants qui luttent contre le sommeil et que les parents doivent porter.
A chaque fois qu'on le lui demande, le public lève volontiers les bras. Pour tenir son téléphone portable à bout de bras et immortaliser une partie de la prestation de Sean Paul.
Sur les lèvres, se dessinent les paroles des chansons de la vedette. Enfin, quand on ne singe pas ces textes mi-argotiques, mi-pidgin. Largement onomatopéiques. Le public a depuis longtemps surmonté ce facteur handicapant des textes de Sean Paul. Ce n'est pas grave si on ne comprend pas tout. Car il n'est pas besoin d'être philosophe pour saisir que l'univers paulien c'est le sexe, la drogue et encore le sexe. De «Get busy» à «Shake that thing», en passant par ce plaidoyer en faveur d'une certaine Mary J, car «We be burnin' not concernin' what nobody wanna say», Sean Paul revisite ses succès radio.
Octaves de travers
Avec le soutien appuyé des back up singers. Dommage qu'ils étaient uniquement masculins. Et que les voix féminines étaient toutes pré-enregistrées. Se trouvera-t-il quelqu'un pour leur expliquer que se donner à fond en concert ne signifie pas hurler le plus souvent possible. Car même les impressionnants gardes du corps, venus entourer Sean Paul jusque sur scène, n'ont pu nous protéger de cris intempestifs des back up singers.
(Des armoires à glace qui ont crû bien faire en balançant de l'eau sur les premières rangées).
Bien sûr, ce n'est pas à ce type de concert de ragga dancehall que l'on cherche une voix. Un timbre posé. Mais Sean Paul a clairement quelques octaves de travers quand il est en live. En clair, il chante faux. Est-ce pour masquer cela que les autres crient ?
Toujours est-il qu'il est généreux dans l'effort. Qu'il se déhanche comme un beau diable sous son blouson en velours, ce qui le fait suer abondamment. D'où l'utilité du mouchoir - une serviette éponge grand comme un sous-plat - qui ne le quitte jamais. Il ne subsiste plus aucune trace du semblant de séduction qu'il s'évertue à mettre dans les clips.
Et s'il ne nous laisse jamais oublier comment il s'appelle - Sean Paul porte ses initiales en sautoir, son nom est dans presque toutes ses chansons, il parle de lui-même à la troisième personne et les back up singers le récitent comme une litanie. Ce concert n'est pas parmi les événements dont il faut se souvenir. So get busy!
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