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Congo-Kinshasa: Armée - la rançon d'une réforme ratée


Le Phare (Kinshasa)
 

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Le Phare (Kinshasa)

ANALYSE
8 Juillet 2008
Publié sur le web le 8 Juillet 2008

Jacques Kimpozo Mayala

Lors des assises du Dialogue Intercongolais en 2002, en Afrique du Sud, la réforme de l'armée et de la police nationales congolaises avait été retenue comme un des préalables au retour à la paix durable, à l'unification territoriale, à la stabilisation des institutions, à la libre circulation des personnes et de leurs biens, à la bonne tenue des élections libres, démocratiques et transparentes.

Hélas, tout au long de 36 mois de transition, les ex-belligérants se sont plus focalisés sur les dividendes politiques et financiers découlant de leur position dans les institutions nationales et provinciales de la République que sur la renaissance de la « grande muette ».

A la lumière de la bavure de dimanche dernier ayant eu pour victime le député provincial Daniel Boteti et d'autres victimes antérieures de l'insécurité entretenue par des hommes en uniforme non seulement dans le périmètre du Palais de Marbre à Kinshasa mais aussi à travers tout le pays, nos compatriotes constatent avec stupeur que les Forces Armées Nationales Congolaises en construction tardent encore à se muer en armée républicaine. Ses principales faiblesses sont à chercher dans les essais-erreurs du brassage, le manque de casernement de la quasi-totalité des troupes, le flottement de la chaîne de commandement, l'impunité.

Brassage : tout reste à faire

La recette magique imaginée pour réinventer l'armée nationale congolaise était le brassage. Par ce processus, il était question d'amener dans des centres de formation civique, morale et militaire des troupes ayant appartenu à l'ancienne armée gouvernementale et aux mouvements rebelles afin de créer un nouvel esprit de corps et de leur inculquer une nouvelle vision de la mission de défense du pays, ses citoyens et de ses institutions. Plus de 18 mois après l'entrée de la République Démocratique du Congo dans l'environnement démocratique post-électoral, il est écoeurant de constater que l'armée nationale fonctionne comme un monstre aux tentacules incontrôlables.

Beaucoup de nos compatriotes sous le drapeau réfléchissent et agissent selon les clichés hérités des ex-Faz, de l'époque des guerres et rébellions (1996-2003) et de la période de transition (2003-2006). Dans cet état d'esprit, ils donnent l'impression d'être plus attachés aux individus qu'aux institutions. Les dérapages que l'on reproche aux éléments non brassés d'un Nkunda Batware dans le Nord-Kivu ou des groupes armés de l'Ituri par exemple se rencontrent couramment à Kinshasa et dans d'autres villes du pays. Assassinats, vols, viols et arrestations arbitraires sont les méfaits que l'on met à longueur de journée au passif de nos frères en armes et uniformes.

L'absence des lieux de cantonnement

Dans les villes comme les campagnes, les populations civiles sont souvent étonnées de côtoyer dans les moyens des transports en commun, sur les voies publiques, dans les milieux d'habitations, dans les ports et aéroports, des milliers de soldats en tenues et en armes. Il est difficile, dans la forêt, dans un coin sombre ou à la faveur de la nuit, de faire la différence entre des soldats en mission de service et ceux en divagation ou encore des bandits de grand chemin.

Les nostalgiques se rappellent que lorsque le pays fonctionnait comme un Etat organisé, la place des militaires était dans des camps spécialement construits pour leur casernement et généralement loin des zones de résidence des civils. Les sorties étaient rigoureusement réglementées, ainsi que le port des armes et surtout l'usage des munitions. Le rituel d'appel était quotidien, à l'occasion du fameux « salut au drapeau.

Aujourd'hui que soldats et officiers de l'armée vivent dans une promiscuité déconcertante avec des civils, le contrôle de leurs faits et gestes est devenu problématique. Il suffit d'une dispute autour d'une femme, d'une bouteille de bière, d'un terrain, d'une maison à louer, d'un champ, d'une récolte, d'un match de football, d'un album de musique, d'un billet non payé dans un taxi-bus pour que les armes parlent en lieu et place des textes légaux. A force de voir des éléments de l'armée régulière se pavaner en ville ou en brousse avec leurs armes en bandoulière, le commun des Congolais finit par se sentir dans une insécurité permanente.

Plus le temps passe, davantage les rares casernes encore fonctionnelles à Kinshasa, Matadi, Lubumbashi, Mbandaka, Kananga, Kisangani et ailleurs explosent sous la pression démographique des militaires et leurs familles, au point qu'il n'est pas rare de voir quatre familles partager une maison de quatre pièces séparées par des cloisons en cartons.

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