La Prospérité
(Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Koffi Olomide - Romancier ou Réparateur des coeurs brisés !

Jordache Diala

7 Octobre 2008


Déjà en 1978 alors âgé de 22 ans, Antoine Agbepa Mumba, alias Koffi Olomide a été plébiscité meilleur auteur-compositeur grâce à sa chanson « Anibo » chantée par Wemba. Il est littéralement doué de talent de parolier hors pair.

Aujourd'hui, on l'appelle le roi du Tchatcho, un style créé par lui même, qui met la femme et l'amour au centre de sa chanson. Son succès n'est que mérité au regard de la qualité artistique du produit.

D'où, il faut éviter d'être jugé par l'histoire à force de le comparer aux jeunes musiciens qui se lancent à peine dans l'art d'Orphée. N'est ce pas, dit-on qu'on reconnaît l'arbre par ses fruits !

52 ans d'âge, Koffi Olomide avait commencé son aventure musicale en 1983 après la sortie de son premier album en solo, « Ngounda » (Exil ou exilé), trois ans avant de créer son propre orchestre nommé Quartier Latin International dont il est dieu suprême.

C'est en 1985 que sa carrière est effectivement lancée, à la sortie de l'album « Diva ». Un disque bien travaillé par l'arrangeur congolais Rigo star qui va faire découvrir Koffi Olomide et le confirmer enfin en tant qu'artiste, au Zaïre et au Congo Brazzaville.

Son premier public est donc logiquement composé de jeunes filles. La gent féminine est émerveillée par la sensualité, la tendresse des paroles de l'album, surtout du titre éponyme.

Toutes les sorties de Koffi sont des évènements à ne pas rater pour elles. Toutefois, ses premiers textes n'accrochent pas beaucoup les hommes. Ils sont en effet rares ceux qui déclarent à cette époque écouter Koffi. Et ce dernier ne s'en cache pas car il déclare dans la plupart de ses morceaux que le Tchatcho, son style de musique, est pour les jeunes filles (Tchatcho, pona yo mwana mwasi).

Ce qui est sûr, dans ce milieu des années 80, aux côtés de grandes stars de la musique zaïroise, émerge petit à petit ce jeune prodige qui sait si bien parler aux femmes. C'est à cette période qu'on lui colle à tort ou à raison la réputation "d'homme à femmes et de coureur de jupons".

Tchatcho, un style et une école

Qu'à cela ne tienne, Koffi récidive l'année suivante, en 1986, par l'album « Ngobila », l'opus le plus écouté à ce jour de son immense répertoire. La chanson phare qui donne le titre à l'album reste gravée dans la mémoire collective des mélomanes congolais et zaïrois qui parlent lingala.

Antoine raconte l'histoire d'un homme, debout sur le quai du port, qui voit son amour partir pour un voyage et qu'il n'est pas sûr de la revoir un jour. En fait, beaucoup de personnes se reconnaissent dans le portrait dressé par la chanson et se sentent soulagées par les mots justes que Koffi trouve pour exprimer le désarroi causé par le départ d'un être cher.

Koffi, sans le vouloir, sans doute, devient dans l'imaginaire des femmes, jeunes comme adultes, l'homme et le mari parfait que toute femme désire, l'amant romantique dont tous caressent l'idée d'avoir. Mais en même temps, cela exaspère du côté de la gent masculine.

Ils n'apprécient pas cette presque déification que leurs mères, tantes, épouses, filles, soeurs, cousines vouent au chantre du Tchatcho. C'est dans ce contexte que naît ce sentiment anti-Koffi de la part de l'opinion Zaïroise, masculine en premier, que l'artiste traînera tout au long de sa carrière et qui lui collera à la peau au point qu'il en tirera un deuxième thème de prédilection dans ses chansons, aux côtés des chansons d'amour.

Sensualité et tendresse !

Malgré tout, en ce milieu de l'année 1987, l'auteur de la chanson « Dieu voit tout » sort le nouvel album intitulé « Rue d'amour », opus qui sera réédité en support CD en 1992 par Sonodisc sous le titre Forever. C'est le premier qui comporte au moins six titres inédits.

Égal à lui-même, cet tube est très bien travaillé par l'artiste qui se fait appeler Gangi ya film qui signifie littéralement l'acteur principal du film que l'on peut assimiler à celui qui désormais fait la loi dans la scène musicale zaïroise. Dans ce récital, l'artiste chante pour la première fois des VIP dans ses chansons.

Il compose un titre « Mosika na Miso » ou (Loin des yeux) pour Claudia Likulia, la fille d'un Général de l'armée zaïroise de Mobutu. Toujours dans cette aubade, le chanteur rend hommage dans « Myriam », à la défunte Myriam, riche héritière de la célèbre famille Moleka à Kinshasa.

Dans les autres morceaux de l'album, il chante l'amour dans un titre éponyme dans la chanson « Stéphie » ; de la jalousie à son égard dans « Petit frère ya yezu » et dans « Droits de l'homme ». A partir de cet album, le succès ne le quittera plus jusqu'à aujourd'hui. Et chaque année qui passe, le chanteur franchira une étape de plus et filera de victoires en victoires.

Meilleure déclaration d'amour

A l'été 1988, l'album « Henriquet » paraît, du nom de la miss du Congo élue cette année là. C'est un énorme succès. Koffi Olomide devient un phénomène dans le milieu musical de deux Congo.

Une fois de plus, Koffi fait étalage de tout son savoir dans l'écriture, dans la sensualité véhiculée par la chaleur de sa voix. En plus du titre éponyme, deux autres sortent du lot : il s'agit d' « Orphelinat » et de « Djino ». A l'image du poète Lutumba Simaro, grand parolier du Tout puissant OK Jazz de Franco, Koffi pousse très loin la création. Ses paroles sont de très haute portée.

Dans Djino, il déclare : "La lune, le soleil, le vent, le ciel et les étoiles nous ont été donné par Dieu sans que l'on ne lui ait réclamé. Pourquoi donc me refuser l'amour que je te demande, une chose que l'on a trouvé sur terre". Ou encore "Si dire à quelqu'un je t'aime était une chose à acheter, alors moi, le pauvre, je n'aurai sûrement pas pu te l'offrir. Mais comme ce n'est pas le cas, laisse moi en profiter et te dire combien mon coeur t'aime".

Les années 1980 se terminent pour Koffi par la sortie d'un nouvel album en août 1989 qui s'intitule « Elle et moi ». Celui-ci est un hommage à sa première fille Minou dont la naissance le bouleverse complètement.

Cette fois-ci, Koffi travaille avec le capverdien Manou Lima. A la sortie de l'opus, les mélomanes notent quelques changements, dus sûrement à la patte de l'arrangeur capverdien.

Le Tchatcho prend une nouvelle connotation. Le son et le rythme sont plus modernes, l'animation propre à la musique congolaise s'affirme plus. Et Koffi lance lui même les cris qui donnent aux pas de danse. Mais il n'oublie pas pour autant les amateurs des chansons d'amour avec le très accrocheur « Coucou » qui est en fait une composition de son guitariste Do Akongo.

L'album « Elle et moi » ferme la période des années 1980 qui ont vu l'avènement de Koffi Olomide sur la scène musicale congolaise où on l'appelle désormais Golden star.

Auteur- compositeur de haute facture !

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