7 Octobre 2008
Kinshasa — Malgré les mesures de redressement et de réforme du système bancaire congolais amorcées depuis 1998, celui-ci continue de présenter plusieurs faiblesses.
La problématique du système bancaire congolais consiste à déterminer comment faire de la banque un outil efficient d'intermédiation entre les agents à capacité de financement et ceux à besoin de financement au Congo-Kinshasa, au service de l'économie et de ses besoins monétaires de financement, de placement, de paiement et de couverture en cette période.
Théoriquement, le système bancaire est défini comme une unité organisée d'interrelations entre les banques commerciales (ou créatrices de monnaie) et la Banque centrale.
Sa contribution principale consiste à fournir des moyens de paiements en permettant ainsi de dépasser la difficile complémentarité dans le temps des besoins des agents. Il est aussi un intermédiaire rendant possible les transferts nécessaires entre les agents économiques qui épargnent plus (les ménages) qu'ils n'investissent et ceux qui investissent plus qu'ils n'épargnent (les entreprises).
A ce rôle d'intermédiaire, il faudra ajouter encore un rôle de financement des projets par la création monétaire. Son activité de financement accompagnée de la réduction des coûts et de la meilleure surveillance des emprunteurs permet au système bancaire d'affecter efficacement les capitaux.
Par contre, une banque est une institution financière qui associe la collecte et la gestion des fonds des agents excédentaires, et l'octroi des crédits aux agents déficitaires. Il existe plusieurs sortes de banques. Généralement l'appellation «banque» recouvre les banques commerciales dont le rôle est limité dans l'acceptation des dépôts et l'octroi des crédits à court terme aux entreprises.
Les banques d'affaires sont spécialisées dans les opérations relatives à l'échange et à l'émission des titres. Alors que les banques de crédits immobiliers ou les banques d'épargne qui collectent les dépôts des particuliers, financent le secteur du logement sans avoir le privilège de faire des investissements dans les entreprises et d'émettre des dépôts à vue ni de faire des crédits de caisse.
Les banques universelles combinent les fonctions de banques commerciales et parfois de sociétés d'assurance. Le système bancaire congolais se trouve caractérisé uniquement par les banques de la première catégorie (les banques commerciales) et doit envisager de renforcer la relation banque-agent.
La mise en oeuvre de cet objectif renvoie intuitivement à la construction d'une relation banque- agents économiques (au sens de la comptabilité nationale) efficace, organisant la collecte en amont de l'épargne et la distribution en aval de ressources sur des critères de rentabilité financière et de compétitivité économique et non seulement sur la base de relation d'ancienneté. Ce cadre théorique fonde la problématique d'un système bancaire au service du développement.
Malgré la liquidation de certaines d'entre elles (BCCE, la Banque de Kinshasa, la Bancor, etc), le fonctionnement du système bancaire congolais continue de présenter de multiples dysfonctionnements. A cet égard, il relève plusieurs dérives, qui gardent un caractère de gravité avéré. La faiblesse de ce rayon institutionnel surprend, quand elle est comparée à l'armature bancaire des pays voisins ou à niveau de développement similaire.
Les tentatives de réforme et de restructuration de ces dernières années n'ont pas beaucoup modifié la situation. La rupture espérée des réformes ne s'est encore opérée ni dans les mentalités, ni dans les fonctions bancaires (le management): système de financement, de placement, de paiement, d'implantation à l'étranger, de partenariat avec la clientèle.
Le service bancaire de guichet, de caisse, de compte, de trésorerie, d'information, de paiement par chèque ou par virement est globalement considéré comme déficient. Hormis ces défaillances de taille, citons également les délais de traitement des chèques et des transferts de fonds interbancaires (même à l'intérieur d'une même banque).
Les banques sont particulièrement mises à l'index pour l'inconfort et la désinvolture de leur accueil, loin du standard de la banque conseil et support en matière de produits d'épargne et de placement, La relation banque-entreprise n'évolue pas vers la relation banque-clientèle plus moderne.
De vifs reproches adressés au système bancaire congolais portent sur une mauvaise politique de distribution de crédit, caractérisée par : le rationnement relatif et la discrimination, les longs délais de réponses aux demandes de financement, les décisions plus fondées sur les garanties fournies ou sur l'ancienneté des relations banque-client que sur l'analyse des risques intrinsèques des projets, l'insignifiance de la portion allouée au secteur privé, le nombre et le volume limité ou presque inexistant de crédits à moyen et long termes, l'inexistence de formules de crédits adaptées à des régions, des secteurs (agriculture, immobilier, commerce extérieur ) ou à des activités spécifiques (investissement, exploitation, importation, exportation ) et la fréquence des refus d'octroi des crédits, l'opacité des critères d'allocation de lignes extérieures, le coût des financements, avec des marges bancaires jugées usuraires, l'intérêt appliqué de façon indifférenciée pour le très court ou le court terme, le surcoût induit par le non respect des dates valeur.
Autant de contraintes qui rendent le système bancaire congolais au développement économique et du commerce.
En matière de financement par exemple, les banques congolaises sont perçues comme hostiles à l'investissement long et plus favorables au négoce, à gain facile et rapide et à majorité tourné vers le commerce extérieur.
En matière de collecte bancaire, la banque congolaise ne présente pas de produits suffisamment diversifiés et attractifs pour répondre aux besoins de structuration de portefeuilles d'épargne, en agrégats monétaires et en agrégats de placements financiers.
La mobilisation d'épargne est insuffisante. La banque ne peut tenir la concurrence faite par l'attrait des placements dans les actifs physiques ou dans les circuits informels. Son immobilisme en matière de collecte d'épargne est un facteur déterminant de retard dans le financement de la relance et du développement économique.
Le retard du processus d'autonomisation des banques qui, tout en étant les premières à entrer dans la commercialité, gardent la structure de type colonial, pour la plupart d'entre elles, avec une vision tournée vers leur maison mère, avec comme caractéristique principale le financement du commerce extérieur.
Le décalage entre l'idéal de normes réglementaires de la loi sur la monnaie et le crédit et le positionnement réel des banques dans leurs activités courantes ; l'inertie du système bancaire à exploiter le nouveau contexte d'épargne et d'investissement ou à expérimenter de nouvelles opportunités, la non synchronisation des réformes bancaires avec les programmes de réformes de l'économie nationale, de l'économie sectorielle et de l'économie d'entreprise.
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