Nord-Sud
(Abidjan)

Afrique: Amadou Koné (Ministre de l'Intégration africaine) -"Nous rêvons d'une télévision culturelle sous-régionale"

Interview réalisée par Issa T. Yéo

7 Octobre 2008


interview

Le ministère de l'Intégration africaine organise les 8, 9, 10 et 11 octobre, une conférence régionale des arts et de la culture à Abidjan. Dans cette interview, le titulaire de ce département, Amadou Koné situe l'enjeu de cette rencontre.

-Pourquoi avez-vous décidé d'organiser une conférence régionale des arts et de la culture ?

Nous allons organiser les 8, 9,10 et 11 octobre la première conférence régionale des arts et culture de la Cedeao, dont l'objectif est la construction effective du marché commun des arts et de la culture de la communauté. Et c'est une conférence importante pour nous parce que c'est la Côte d'Ivoire qui l'initie et que l'intégration devra reposer sur un certain nombre de valeurs culturelles particulières.

-Quel est l'état des lieux aujourd'hui, au niveau des textes et règlements des arts et de la culture dans l'espace Cedeao ? Est-ce que l'on ne peut pas commencer dans un cadre plus restreint, au niveau de l'Uemoa par exemple, avant d'attaquer la Cedeao?

L'on aurait pu commencer par l'Uemoa. Mais pourquoi commencer par l'Uemoa étant dans la Cedeao quand on sait que l'ensemble des pays membres de l'Uemoa sont également membres de la Cedeao. C'est un raccourci qui ne me paraît pas judicieux. Deuxièmement, je voudrais qu'il y ait un marché commun large, au profit de notre culture. Je voudrais qu'il y ait un marché accessible à tous nos hommes d'art et de culture. La Cedeao, c'est quand même 250 millions d'habitants alors que dans l'Uemoa on fait 80 millions. Je crois que ce qui serait intéressant pour nos hommes de culture, c'est d'avoir un marché commun de 250 millions d'habitants.

-Qu'en est-t-il de la libre circulation des produits artistiques et culturels ?

Il y a beaucoup de réunions qui se sont déroulées notamment sur la question de la propriété intellectuelle au niveau de la Cedeao. Je voudrais dire qu'il y a eu beaucoup de principes. Vous savez, la libre circulation des biens et des personnes englobe tous les grands principes de construction d'une communauté régionale. Mais après, il faut aller dans le détail. C'est pour cela que nous réunissons les ministres de la Communication, les ministres de la Culture des différents Etats de la Cedeao pour sortir des grands principes et aller dans le détail pour sortir un certain nombre de choses. Il y a le grand principe, il s'agit techniquement de faire en sorte que nous allions à du concret.

-A travers ce projet, vous visez beaucoup de choses notamment la création d'une bourse régionale des arts et de la culture, la création d'un marché commun. Dans un espace où le politique n'est pas toujours le meilleur parrain des arts et de la culture, ne pensez-vous pas que ce rêve est irréaliste ?

Vous savez, il y a des difficultés qui souvent apparaissent comme des difficultés insurmontables au niveau national. Je sais que sur un certain nombre de questions, les chefs d'Etat pour la plupart souhaitent qu'il y ait des décisions beaucoup plus hautes au niveau de la communauté pour que cela puisse s'appliquer aisément au niveau national. Et je pense que ce projet est l'un des plus simples et moins coûteux. Et c'est également l'un des projets qui fait le moins mal politiquement, parce que c'est souvent difficile de céder une partie de sa souveraineté notamment sur des questions politiques. J'ai choisi ce créneau de la culture parce qu'il y a beaucoup de personnes dans notre communauté, au-delà du ciment que la culture et les arts peuvent créer entre nos peuples des liens. Il y a énormément de gens qui vivent également des arts et de la culture dans nos pays. J'ai reçu beaucoup d'amis musiciens qui sont venus me demander ce que le gouvernement fait pour eux contre la piraterie. Je pense que ce dont nos artistes ont besoin, c'est de vendre et de vivre de leur art. J'ai demandé à un des artistes quel était le niveau de vente du produit quand on dit qu'il a bien marché. Il m'a répondu qu'il peut vendre jusqu'à 50 mille. Mais 50 mille ce n'est rien du tout parce qu'au bout du compte, l'artiste qui l'a sorti a à peine trois millions et c'est tout. Je lui ai dit que mon travail à moi est de faire en sorte que vous puissiez vendre plus. On a 15 Etats dans la Cedeao. Je rêve d'un marché où quand un artiste sort quelque chose ici, le même jour, qu'il soit distribué dans la sous-région. Et si la promotion est bien faite en amont, c'est au minimum de 50 mille exemplaires multipliés par 15 que l'artiste va vendre.

-Vous avez évoqué tout à l'heure des éminents hommes de culture qui ont travaillé discrètement. Peut-on avoir quelques noms de ces sommités ?

Je vais vous donner juste le nom du président du comité scientifique. Ce comité a été présidé par le professeur Zadi Zaourou qui est un homme de culture, qui a été ministre de la Culture ici.

-Est-ce que l'Etat de Côte d'Ivoire a les moyens de vous accompagner dans toutes vos ambitions quand on sait que vous avez récemment soutenu le Festival de la route des reines et des rois?

En tout cas je suis heureux de constater que vous nous suivez bien. Nous avons quand même réussi tant bien que mal à ouvrir des chantiers, parce que je pense que c'est une continuité. Je pense également, toute modestie mise à part, qu'en matière d'intégration, en Côte d'Ivoire, en tout cas ces dernières années, les enjeux de l'intégration régionale ont commencé à être bien perçus par les Ivoiriens. Et justement c'est grâce à ces réunions de sensibilisation. Je sais également, que ce soit à l'Uemoa ou à la Cedeao et même à l'Union africaine, que les gens apprécient le travail, l'implication et même l'engagement de la Côte d'Ivoire en ce qui concerne l'intégration régionale. Aujourd'hui moi je le perçois, ce qui a fait que j'ai été désigné président de la Conférence des ministres de l'intégration africaine. C'est ce qui fait qu'on confie à la Côte d'Ivoire la question des transports au niveau de la Cedeao, c'est également ce qui fait que l'ensemble des ministres, des chefs d'Etat de la Cedeao font confiance à la Côte d'Ivoire dans la rédaction des documents de travail comme les différents règlements intérieurs de la Conférence de chefs d'Etat, de la Commission de la Cedeao ainsi de suite. Donc nous essayons de jouer le rôle qui est le nôtre. L'Etat nous accompagne.

-Les pays africains au sein de la Cedeao n'ont pas le même niveau de développement. Comment allez-vous faire pour coordonner cela afin que ce marché commun puisse atteindre le but que vous escomptez ?

Je vais vous prendre quelques exemples. Vous savez, nous avons pour habitude de dire que les populations sont en avance sur les gouvernants en matière d'intégration. Et la culture et les arts sont à la pointe de cette avancée de l'intégration de façon globale. Que l'on fasse quelque chose ou pas, Youssou Ndour vend à Abidjan, il y fait des concerts. Que l'Etat s'engage ou non, Magic System marche très bien au Ghana, au Liberia, en Guinée Bissau. Qu'on le veuille ou non les populations achètent les oeuvres de Salif Kéïta. Ce que nous avons à faire, c'est d'organiser le domaine pour que premièrement nos artistes puissent vivre mieux sur un continent où il y a un potentiel. Deuxièmement, c'est de faire en sorte que nos artistes vivant mieux, on puisse avoir dans notre sous-région, une industrie des arts et de la culture avec toutes ses implications à savoir la création de richesses, d'emplois, etc. Si c'est bien organisé, si les gens peuvent bien vendre, si un artiste ivoirien qui sort et qui marche bien peut vendre un million d'exemplaires d'un album, il est riche en centaines de millions. Evidemment il va créer des emplois, c'est désormais quelqu'un qui a un certain niveau de vie.

Page 1 of 212

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Read comments. Write your own.


SELECT
SELECT

Le top des actualités