Amina SALHI
10 Octobre 2008
C'est un nouveau 10 octobre que célèbrent aujourd'hui les abolitionnistes de la peine de mort. Une sixième édition de la Journée mondiale contre la peine capitale qui vient nous rappeler que des milliers de personnes sont toujours exécutées dans le monde.
C'est sous le thème «Asie : il est temps d'arrêter les exécutions» que le réseau abolitionniste mondial a voulu célébrer cette journée. Ce choix n'est pas fortuit, puisque dans ce continent, la condamnation à la peine capitale va crescendo. En 2007, on a recensé au moins 664 exécutions (dont 470 en Chine) et 2561 nouvelles condamnations.
Au Maroc, la Coalition marocaine contre la peine de mort a saisi cette occasion pour faire le bilan de ce qui a été réalisé durant cette dernière année dans la perspective d'une suppression pure et simple de cette peine. Hélas, pas grand-chose ! Le bilan est loin d'être brillant, comme l'ont unanimement souligné les participants au sit-in organisé mercredi dernier en commémoration de cette journée. La Coalition marocaine exprime en effet sa grande inquiétude de la poursuite de prononciation de condamnations à la peine de mort par les tribunaux marocains.
Le même étonnement prévaut suite à l'abstention au vote de la résolution 149/62 relatif au moratoire sur les exécutions de la peine observée par l'Etat marocain, lors de la 62ème session de l'Assemblée générale des Nations unies. Pourtant, le Maroc s'est officiellement engagé dans cette dynamique d'abolition de la peine, suite aux déclarations de feu Mohamed Bouzoubaâ, alors ministre de la Justice.
Aujourd'hui, et en rappelant ces promesses, la Coalition appelle l'Etat marocain à revoir sa position en adhérant au groupe de pays ayant signé cette résolution qui constitue une étape importante sur la voie de l'abolition totale.
De la même manière qu'elle renouvelle son appel pressant à l'adhésion du Maroc aux mécanismes internationaux s'y rapportant, à travers la ratification du deuxième Protocole facultatif concernant la peine de mort annexe au Pacte international relatif aux droits politiques et civiques et aussi du statut de la Cour pénale internationale (CPI) qui ne prévoit pas de peine de mort, même pour des cas de délits les plus graves. Certes, il y a un moratoire de fait contre la peine de mort au Maroc, puisqu'aucune exécution n'a eu lieu depuis 1993, mais les condamnations à la peine capitale sont toujours prononcées.
Si 2008 n'a vu, jusqu'à présent, aucune nouvelle condamnation, on ne peut pas dire la même chose pour 2007qui a enregistré trois ou quatre nouvelles condamnations. Aujourd'hui, on compte quelque 130 détenus dans les couloirs de la mort. Des personnes qui évoluent dans des conditions matérielles, humaines et psychologiques détériorées condamnables à plusieurs titres.
En attirant à nouveau l'attention sur cette réalité, la Coalition revendique l'amélioration de leurs conditions de détention et la commutation des peines de mort en peines alternatives. Un progrès qui ne peut être atteint sans l'ouverture des prisons aux visites d'organisations de défense des droits humains. Lesquelles permettront indéniablement de s'enquérir de l'état des lieux et contribuer à l'amélioration des conditions d'incarcération, dans le cadre d'un dialogue transparent et d'un véritable partenariat entre toutes les parties concernées, constate la Coalition.
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