Au Tchad, le gouvernement a été contraint d'envoyer ce week-end une délégation à Amdjarass, dans le nord-est du pays, en raison d'une situation tendue à la suite d'un conflit pour des motifs religieux entre des étudiants du campus de l'antenne de l'École nationale des sciences et techniques de l'information et de la communication. Intervenu pendant les fêtes de fin d'année, l'incident a été très commenté.
Tout est parti du prêche d'un imam prononcé la semaine de Noël : en référence à une fête organisée à la présidence à l'occasion du 25 décembre, Cheikh Yahya bin Ibrahim Khalil, leader du groupe salafiste Ansar As-Sunna Al-Muhammadiyya, a affirmé que les musulmans ne devaient ni participer, ni souhaiter de bonnes fêtes aux fidèles d'autres religions.
Bien que désavoué par le gouvernement et par le Conseil supérieur des affaires islamiques (CSAI), le sermon a été largement partagé sur les messageries tchadiennes, jusqu'au campus de l'École nationale des sciences et techniques de l'information et de la communication (Enastic) d'Amdjarass, où il s'est traduit par des conséquences concrètes : le 30 décembre, des étudiants chrétiens qui ont invité des camarades musulmans à partager un repas de Noël - comme cela se fait chaque année - ont, cette fois, essuyé un refus... La polémique a alors enflé avant que la situation ne dégénère en menaces, insultes, bagarre générale et saccage des dortoirs vendredi 2 janvier. Bilan : six étudiants légèrement blessés, qui ont dû être hospitalisés...
Un incident révélateur des tensions qui se font jour dans le pays
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Dans l'urgence, le ministre de la Santé et le ministre des Télécommunications ont été envoyés sur place ce week-end pour réunir les étudiants. Leur promettant des améliorations matérielles pour le campus - plus de personnel administratif, une répartition plus équitable des chambres dans les dortoirs, l'acquisition d'équipements informatiques, la construction de nouveaux logements étudiants, le forage d'eau potable notamment -, ils ont aussi assuré que l'ordre y était revenu et que les cours allaient pouvoir reprendre cette semaine. Pourtant, l'un des étudiants victimes de coups affirme, lui, que ce n'est pas le cas et que la tension demeure, à tel point que celui-ci refuse de retourner sur place.
Quoi qu'il en soit, pour de nombreux commentateurs, un tel incident, qui plus est dans la province d'origine de la famille Déby, révèle les tensions qui se font jour dans le pays, notamment le sentiment grandissant d'inégalités entre Tchadiens et la montée de discours communautaristes.
Dans ses voeux, le chef de l'État a, pour sa part, mis en garde contre l'intolérance religieuse.