Afrique Australe: Mosi-3, l'exercice naval multilatéral sud-africain qui va irriter Washington

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Vendredi 9 janvier, l'Afrique du Sud donne le coup d'envoi d'un exercice naval, qui ne sera pas qu'une simple démonstration de force. La participation conjointe de la Chine, de la Russie et de l'Iran illustre la volonté des pays invités de projeter leur influence en Afrique australe.

L'exercice naval va durer une semaine et se dérouler au large du Cap, sous leadership chinois avec l'Afrique du Sud comme nation hôte. Dans un communiqué, la marine sud-africaine affirme que l'exercice impliquera des navires des Brics+, bloc qui a récemment intégré l'Égypte, l'Éthiopie, l'Indonésie et les Émirats arabes unis. Ce qui semble relever d'un effort de communication puisqu'en réalité cette manoeuvre navale réunit principalement la Chine, la Russie et l'Iran. Pour cadrer avec un narratif consensuel, Mosi-3 a même été rebaptisé « Will for peace » (Volonté de paix).

Le thème retenu, indique la marine sud-africaine (SANDF) :« des actions conjointes pour garantir la sécurité de la navigation et la protection des routes commerciales ». Une grande ambition sur le papier seulement, puisqu'en réalité il n'y aura que peu de bateaux en mer. La Chine y contribue avec deux navires de guerre, le destroyer lance-missiles de type 052DL Tangshan et le navire de ravitaillement de type 903A Taihu. La Russie, elle, engage une corvette Stoikiy avec à son bord un hélicoptère, et la marine iranienne déploie sa 103e flottille.

Mosi-3 est avant tout un exercice d'influence

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L'exercice sud-africain, qui se déroule tous les deux ans, marque une rupture pour cette édition, avec la participation de l'Iran, une première. Une participation, notent les observateurs, qui est le signe d'une convergence d'intérêts entre trois puissances : la Chine, la Russie et l'Iran. Trois nations qui portent l'ambition de contester l'ordre international dominé par l'Occident.

À Paris, les militaires français suivent de près ce déploiement naval qui se déroule non loin des eaux françaises de l'océan Indien. « Je pense que c'est d'abord un signalement », dit un haut gradé. « En vérité, ils ne vont pas travailler l'interopérabilité de leurs marines en une semaine, en revanche, ils envoient un message stratégique. Ils montrent leur capacité à se projeter loin. Et ce n'est pas incohérent, car si l'on prend en compte le contournement de la mer Rouge [zone de tensions du fait des attaques des Houthis - NDLR], il y a un vif intérêt à marquer sa présence dans les eaux du cap de Bonne-Espérance, entre océan Indien et Atlantique. Rien que le fait qu'ils aient au dernier moment changé le nom de l'exercice pour Will for Peace est intéressant et en dit beaucoup. De manière sous-entendue, on peut comprendre : les Américains utilisent la force contre les nations du Sud, à l'instar du Venezuela, alors qu'eux affichent un message d'unité et de paix. »

Mosi-3 la vitrine des ambitions

Les trois nations invitées par l'Afrique du Sud ne viennent pas nécessairement chercher la même chose dans le sud de l'océan Indien, mais collectivement elles montrent leurs muscles et marquent leur zone d'intérêts.

Depuis une vingtaine d'années, Pékin s'est imposé comme le premier partenaire commercial et le premier créditeur bilatéral du continent africain et, dans cette stratégie d'investissements, l'Afrique australe occupe une place centrale. La Chine déploie dans l'océan Indien occidental une stratégie d'influence fondée également sur les infrastructures, par le biais de la Belt and Road Initiative (BRI). À Madagascar, en Tanzanie et au Mozambique, elle y construit des ports, des routes et des infrastructures énergétiques.

Cette présence lui permet de verrouiller les zones de pêche et de sécuriser ses flux maritimes et éventuellement de servir à l'avenir de points d'appui militaires. « Cela complète totalement leur offre qui est d'abord commerciale, notent les officiers français. Parce que eux, ils achètent, c'est la géopolitique de la dette. Mais ça enrichit cette offre-là en montrant qu'ils ont aussi des capacités militaires qui montent en puissance dans un monde où la force devient de plus en plus prégnante. »

Moscou cherche à compenser son isolement politique

La guerre en Ukraine a accentué l'importance stratégique de l'Afrique pour Moscou. L'engagement russe dans le sud du continent répond à la nécessité de compenser l'isolement politique et économique induit par le régime des sanctions occidentales mis en place depuis 2022, en recherchant de nouveaux débouchés diplomatiques et économiques.

Sur le plan diplomatique, l'Afrique australe est envisagée par Moscou comme un « réservoir diplomatique » permettant d'éviter l'isolement international. Ainsi, à l'Assemblée générale des Nations unies, plusieurs États d'Afrique australe, dont le Mozambique, l'Afrique du Sud et la Tanzanie, se sont abstenus ou ont refusé de soutenir les résolutions condamnant l'agression russe en Ukraine.

Sur le plan énergétique, les sanctions européennes incitent Moscou à rechercher de nouveaux partenariats sur le continent africain. Dans la zone du canal du Mozambique, cette logique de diversification se traduit par des offres de coopération énergétique et sécuritaire adressées au Mozambique, à Madagascar et aux Comores notamment. Ces relations, soulignent les militaires français présents dans la zone, reposent surtout sur une logique de prédation, associant assistance militaire et opérations d'influence : « Contrairement aux Chinois qui privilégient l'économie, les Russes, eux, ils vont être présents beaucoup plus sur le plan militaire. Ils mettent en avant le narratif anti-français à Madagascar mais aussi aux Comores. La région sert aussi de débouché à leur flotte de pétroliers fantômes, il y a un intérêt à sécuriser cette route. Quant à l'Iran, leur présence à cet exercice naval montre une solidarité stratégique avec les Russes d'abord, et puis sans doute avec les Chinois. »

En Afrique australe, la Chine et la Russie déploient une stratégie d'influence reposant sur ce qu'ils nomment des « partenariats d'égalité », mais derrière cette stratégie transparaît une autre logique. Mosi-3 en institutionnalisant la présence navale chinoise et russe, apparaît comme l'instrument pour ces deux nations d'une démonstration de force couplée à l'affirmation d'une ambition géopolitique dans la région.

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