L'Est de la RDC au coeur des tensions régionales : entre appels au cessez-le-feu et réunions diplomatiques, les initiatives se multiplient pour enrayer la crise.
La première semaine de janvier, le président congolais Félix Tshisekedi s'est rendu à deux reprises en Angola pour rencontrer João Lourenço, qui appelle à un cessez-le-feu immédiat et au respect des accords signés par la RDC, le Rwanda et le M23. Dans le même temps, la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs a réuni les ministres de la Défense du 8 au 10 janvier pour tenter d'enrayer la spirale de violences et la crise humanitaire persistante. De nombreuses initiatives pour la paix... mais que peut-on réellement en attendre ?
Nous avons posé la question à Fred Bauma, directeur exécutif de l'institut de recherche Ebuteli base à Kinshasa.
Le président Tshisekedi s'est rendu deux fois en Angola la semaine dernière. Est-ce, selon vous, un indicateur d'un retour en force du processus de Luanda pour instaurer une paix durable en RDC ?
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Il y a clairement une volonté de trouver une autre piste de solution ou, en tout cas, de renforcer les processus existants. Mais je pense qu'il faudrait éviter toute confusion entre ces différents processus de paix. Selon moi, il est essentiel de bien définir les conditions d'un processus qui pourrait réellement aboutir à la fin de la crise.
Avez-vous l'impression que Luanda a préparé le terrain pour Doha et Washington, et qu'aujourd'hui, on revient à la case départ ?
Le contexte a beaucoup évolué. Si Luanda s'implique réellement, ce sera plutôt un nouveau départ ou une continuité des processus précédents. Il faut dire que les deux autres processus n'ont pas encore complètement abouti. Le président congolais a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une nouvelle démarche. Cela dit, je pense qu'il y a un besoin de clarifier tout cela pour permettre aux acteurs de se situer par rapport aux différentes initiatives.
Vous évoquez la nécessité de rassembler différents acteurs. On parle d'une possible ouverture d'un dialogue avec des acteurs armés et non armés. Est-ce, selon vous, une voie de sortie à la crise actuelle ?
La seule évidence aujourd'hui, c'est que la solution militaire ne semble pas être la réponse. Malgré les efforts considérables du gouvernement pour renforcer les capacités de l'armée et faire appel à des armées étrangères, il n'a pas réussi à contenir la rébellion, qui progresse de ville en ville et se trouve désormais aux portes du Katanga. Je pense qu'il y a un besoin urgent d'un dialogue national. Mais ce dialogue, s'il doit avoir lieu, doit être conçu pour aboutir à la fin de la crise.
Quels seraient, selon vous, les préalables pour une sortie de crise réussie ?
D'abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd'hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l'initiative de la CENCO, le processus de l'Union africaine, et maintenant celui de l'Angola. Il est important de mettre de l'ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d'en clore certains ou de les harmoniser. Le deuxième point essentiel, c'est de s'assurer que les acteurs présents autour de la table sont bien ceux qui doivent y être. Les facilitateurs doivent garantir des conditions permettant l'application des accords conclus. Il est a noter que la crise de confiance qu'on observe est un des éléments qui font que l'on s'enlise dans des processus de paix.