Ethiopie: Un juriste soudanais estime que le Grand barrage est bénéfique pour le Soudan et souligne les droits souverains du pays

Addis-Abeba — Un expert soudanais en droit international a mis en avant les bénéfices potentiels du Grand barrage de la Renaissance pour le Soudan, tout en réaffirmant le droit souverain de l'Éthiopie à mener ce projet conformément au droit international.

Dans un entretien exclusif accordé à l'ENA, le juriste soudanais Hatem Al-Sanhouri a vivement critiqué les accords conclus à l'époque coloniale pour la gestion du fleuve Abay, les qualifiant d'iniques, obsolètes et contraires aux principes contemporains d'utilisation équitable et raisonnable des ressources en eau.

Il a affirmé que le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) constitue un projet de développement majeur, érigé intégralement sur le territoire souverain de l'Éthiopie et fondé sur le droit légitime du pays à exploiter ses ressources naturelles au service de son développement national.

À cet égard, il a rappelé la résolution 1803 (1962) de l'Assemblée générale des Nations unies, qui consacre le principe de la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles.

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Selon M. Al-Sanhouri, cette résolution reconnaît à chaque État le droit exclusif de disposer de ses ressources et de les utiliser pour son développement économique, dans le respect du droit national et international, un principe qu'il a décrit comme un pilier fondamental de l'autodétermination économique dans l'ère postcoloniale.

Le juriste a également souligné que le Soudan figure parmi les principaux bénéficiaires du Grand barrage expliquant que le barrage permettra de réduire de manière significative la sédimentation et la prolifération de la végétation aquatique, qui affectent depuis longtemps les performances des turbines du barrage de Roseires.

Il a précisé que la diminution des sédiments prolongera la durée de vie des infrastructures hydrauliques en aval et entraînera une baisse notable des coûts de maintenance.

Par ailleurs, le GERD contribuera, selon lui, à une meilleure régulation du débit du fleuve Abay, à la réduction des risques d'inondation, à une disponibilité plus régulière de l'eau tout au long de l'année et à l'accès à une électricité à coût abordable, autant d'éléments susceptibles de soutenir la croissance économique du Soudan.

Réagissant aux préoccupations liées à d'éventuels dommages, M. Al-Sanhouri a déclaré qu'aucune preuve scientifique ou objective n'avait établi que le barrage causait des préjudices. Il a insisté sur le fait que toute allégation de dommage devait reposer sur des critères scientifiques vérifiables.

Il a également rejeté les accusations de manque de transparence, affirmant que l'Éthiopie avait travaillé en concertation avec les pays en aval tout au long des quatorze années de construction du barrage et avait régulièrement communiqué sur les bénéfices d'un remplissage et d'une exploitation coordonnés.

Il a rappelé que des experts internationaux avaient confirmé en 2015 la solidité de la conception et la fiabilité des normes de sécurité du GERD.

Abordant les accords de 1929 et 1959 relatifs au partage des eaux, le juriste a souligné que l'Éthiopie n'était signataire d'aucun de ces traités et ne pouvait donc être juridiquement liée par leurs dispositions.

Il a estimé que ces accords, hérités du contexte colonial, avaient entraîné de lourdes conséquences sociales et environnementales, notamment l'inondation de la région de Wadi Halfa et la destruction de milliers de palmiers dattiers au Soudan.

Il a par ailleurs dénoncé un système de répartition qu'il juge profondément déséquilibré, rappelant que l'Égypte se voyait attribuer 55,5 milliards de mètres cubes d'eau par an, contre 18,5 milliards pour le Soudan, une situation qu'il considère comme une violation manifeste du principe d'utilisation équitable et raisonnable.

En conclusion, Al-Sanhouri a appelé les pays du bassin de l'Abay à privilégier les intérêts de leurs populations à travers une coopération fondée sur le développement durable et le partage équitable des ressources hydriques.

Il a cité l'Accord-cadre de coopération signé à Entebbe comme un modèle en la matière et a rappelé la Déclaration de principes sur le GERD signée en mars 2015 par l'Éthiopie, l'Égypte et le Soudan.

« Le contexte actuel impose le respect de la science, du droit international et du droit des peuples à bénéficier de leurs ressources naturelles », a-t-il conclu.

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