La crise mondiale du logement a dominé les interventions de haut niveau lors de la cérémonie d'ouverture de la treizième édition du World Urban Forum (WUF13), organisée à Bakou sous l'égide d'ONU-Habitat. Les Nations unies ont lancé un avertissement unanime sur l'ampleur d'un phénomène devenu structurel, touchant des milliards de personnes et aggravant les inégalités urbaines à l'échelle mondiale.
Réunissant des dizaines de milliers de participants issus de gouvernements, d'organisations internationales, de collectivités locales, du secteur privé et de la société civile, le forum de Bakou s'impose comme l'un des principaux espaces mondiaux consacrés à l'urbanisation durable et à la crise du logement.
António Guterres : "le logement, un droit humain au cœur d'une crise mondiale"
Dans une allocution vidéo, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a dressé un constat alarmant : près de trois milliards de personnes vivent aujourd'hui dans des conditions de logement inadéquates, souvent dans des quartiers informels ou des bidonvilles.
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Le chef de l'ONU a rappelé que le logement constitue un droit humain fondamental et un pilier essentiel de la dignité humaine, appelant à replacer cette question au centre des politiques de développement durable.
Il a souligné que la crise du logement ne se limite plus aux pays en développement, mais touche également les économies avancées, confrontées à la hausse des loyers, à l'inflation immobilière et à la pression sur le coût de la vie.
Évoquant son expérience personnelle dans les quartiers défavorisés de Lisbonne, António Guterres a insisté sur les conséquences directes des conditions de logement sur l'éducation, la santé et les perspectives d'avenir des populations.
Le secrétaire général a salué les engagements internationaux récents, notamment le « Pacte pour l'avenir » et les déclarations politiques des États membres, qui reconnaissent désormais la crise du logement comme une priorité mondiale. Il a appelé à élargir l'accès à des logements sûrs, adéquats et abordables, tout en accélérant la transformation des quartiers informels.
Annalena Baerbock : "des villes sous pression face aux inégalités et au climat"
Dans une autre intervention vidéo, la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a indiqué que plus de 1,1 milliard de personnes vivent actuellement dans des conditions précaires dans des établissements informels.
Elle a averti que l'absence de logements sûrs accentue les inégalités sociales, les risques sanitaires et la vulnérabilité face aux catastrophes climatiques. Selon elle, la crise du logement ne peut être dissociée des enjeux d'urbanisme, de financement, de planification et de résilience climatique.
La responsable onusienne a insisté sur la nécessité d'une approche globale intégrant les infrastructures, les services essentiels et la participation de l'ensemble des acteurs, notamment les collectivités locales, les communautés et le secteur privé.
Elle a rappelé que le Nouvel Agenda urbain constitue la principale feuille de route internationale pour construire des villes inclusives, sûres et durables, annonçant par ailleurs une réunion de haut niveau prévue en juillet prochain à New York pour accélérer sa mise en oeuvre.
Nga Kor Ming : "le logement, un engagement moral et collectif"
Président de l'Assemblée du Programme des Nations unies pour les établissements humains et ministre malaisien du Logement et des Collectivités locales, Nga Kor Ming a appelé à une mobilisation mondiale immédiate.
Il a affirmé que le thème du WUF13, centré sur des villes sûres et résilientes, doit être compris comme un appel à l'action et non comme un simple slogan.
Selon lui, la crise du logement touche près de 2,9 milliards de personnes dans le monde, dont une personne sur quatre vivants dans des quartiers informels. Il a également alerté sur les impacts futurs du changement climatique, estimant que plus de deux milliards de logements urbains pourraient être affectés d'ici à 2040.
Le responsable malaisien a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération internationale et de partager les expériences nationales, citant les politiques de logement abordable de la Malaisie ainsi que ses programmes environnementaux de grande ampleur.
Il a également défendu une approche centrée sur l'humain, appelant à intégrer les besoins des populations vulnérables, des jeunes et des communautés exposées aux risques climatiques dans les politiques urbaines.
ONU-Habitat : une crise globale d'inclusion et de résilience
Dans son intervention, la directrice exécutive d'ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach, a rappelé que la crise du logement constitue aussi une crise d'inclusion, de résilience et de droits humains.
Elle a souligné que les villes sont de plus en plus fragmentées entre populations intégrées et populations exclues des services essentiels, aggravant les tensions sociales et les vulnérabilités économiques.
La responsable onusienne a insisté sur le lien direct entre crise climatique et politiques de logement, estimant que la résilience doit commencer au niveau du foyer. Elle a appelé à repenser les mécanismes de financement afin de privilégier l'accès au logement plutôt que la spéculation immobilière.
Elle a également mis en avant les initiatives régionales en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe visant à améliorer l'accès au logement et à moderniser les infrastructures urbaines.
ONU-Habitat estime que la solution passe par une action collective impliquant États, collectivités locales, société civile, secteur privé et institutions internationales, aucun acteur ne pouvant répondre seul à l'ampleur du défi.
Il est à noter que le World Urban Forum de Bakou s'affirme comme un espace central de coordination internationale sur les enjeux urbains. L'événement vise à accélérer la mise en œuvre du Nouvel Agenda urbain et à transformer les engagements politiques en actions concrètes.
Alors que les Nations unies appellent à une mobilisation urgente, le WUF13 met en évidence un consensus mondial : la crise du logement est désormais un défi structurel, global et multidimensionnel, nécessitant des réponses intégrées, rapides et coordonnées.
Le forum se poursuivra jusqu'au 22 mai avec pour objectif de renforcer les partenariats internationaux et de définir de nouvelles stratégies pour des villes plus inclusives, résilientes et durables.