En Tunisie, depuis le 23 avril 2026, la région dite du Dahar, au Sud tunisien, est officiellement classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour son géoparc de 6 000 km², riche en biodiversité et en histoire. Avec ce classement, les promoteurs du Sud tunisien espèrent aussi valoriser un tourisme alternatif et durable dans cette zone, longtemps marginalisée.
Lorsqu'en 2014, un groupe d'archéologues découvre à Tataouine un fossile de dinosaure dans le Sud tunisien, datant de plus de 150 millions d'années, des géologues tunisiens commencent à réfléchir sur la préservation du géoparc de la région dite « Dahar ». Une chaîne de montagnes qui s'étend sur trois gouvernorats du sud et qui réunit à la fois « les traces de civilisations néolithiques et un héritage berbère et humain », explique Samir Horchani, président de l'association de sauvegarde du patrimoine de Ghomrassen, une ville du gouvernorat de Tataouine.
« Donc, on peut suivre pratiquement une stratigraphie du patrimoine ou bien d'ère géologique qui dépasse les 250 millions d'années et aussi une autre stratigraphie de civilisation, de culture, qui commence pratiquement vers la fin du Néolithique, c'est-à-dire vers les 5 000 ans avant Jésus-Christ », poursuit-il.
Un riche patrimoine ancestral pour séduire les touristes
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Autre valeur patrimoniale selon Samir Horchani, « la résilience de la population autochtone depuis l'Antiquité », qui a su s'adapter au climat semi-aride de la région et aux différentes civilisations qui ont traversé le pays. « Elle a su transmettre et préserver des savoir-faire à travers les siècles, comme un style d'architecture vernaculaire, les villages de crête, les citadelles dans les montagnes, ou encore les greniers fortifiés », décrit-il.
Sans compter les arts rupestres, le patrimoine immatériel berbère, les maisons troglodytes, une richesse qui gagnerait à être davantage valorisée, selon Anne De Chambrier, directrice adjointe de la coopération suisse en Tunisie, qui a soutenu la démarche pour la labellisation et le développement du tourisme durable dans le Sud. Un projet appelé « Destination Dahar » est développé entre 2014 et 2019, au même moment que la réflexion d'experts pour candidater au patrimoine de l'Unesco.
« En 2015, il y a eu les attentats en Tunisie. Et on nous a demandé : "Mais qu'est-ce que vous faites avec un projet de tourisme dans une région à côté de la Libye, dans les montagnes ? C'est de la folie, il faut arrêter tout de suite ce projet." Et là, nous avons répondu : "Non, surtout pas, au contraire c'est le moment de les soutenir. » La coopération compte sur le développement du tourisme alternatif dans la région pour attirer le marché touristique suisse, plus adepte des randonnées que du tourisme balnéaire. Sur le plan local, la société civile et les acteurs touristiques veulent aussi changer l'image d'une région davantage considérée comme une zone de « transit » pour les groupes touristiques qui visitent le Sud tunisien, au lieu d'être une réelle étape.
« Une nouvelle crédibilité internationale »
En 2016, l'Office national des mines, qui chapeaute le patrimoine géologique dans le pays, commence à préparer un dossier de candidature pour l'Unesco. En 2018, un rapport d'experts met en exergue la richesse de la biodiversité des différents géosites, 29 au total sont recensés, et commence ensuite le travail de longue haleine pour répondre aux critères de labellisation onusienne. L'Université de Sousse, celle de Gabès et l'Institut des régions arides de Médenine travaillent ensemble sur ce projet. Parallèlement, le tourisme alternatif se développe et contribue à valoriser la région, selon Anne De Chambrier. La coopération suisse soutient financièrement la valorisation de la « Destination Dahar » avec le partenaire Swiss contact.
Dix ans plus tard, la « Destination Dahar » abrite une quarantaine de maisons d'hôtes, mais aussi des parcours de randonnées balisés, avec la FTADD, la Fédération tunisienne authentique de la destination Dahar « ainsi qu'une nouvelle crédibilité internationale grâce au label Unesco », estime Anne de Chambrier.
Une quinzaine de médiateurs scientifiques ont été formés en géologie par la FTADD selon Rabiaâ Ounissi, directrice de la Fédération, « et l'idée est aussi de continuer dans cet élan, avec des chercheurs et des étudiants qui auront accès au géoparc pour poursuivre le travail de recherche sur le patrimoine géologique et historique », explique-t-elle. Elle ajoute que depuis 2022, après la pandémie, la demande pour le tourisme alternatif et les visites plus « nature » a augmenté, aussi bien sur le marché local qu'international.
Aujourd'hui, après la labellisation, les attentes sont nombreuses. « On espère que le classement à l'Unesco porte des projets de sauvegarde, de valorisation, de développement local mais aussi qu'il serve de levier économique et d'opportunité d'emploi pour les jeunes », ajoute Samir Horchani. Le taux de chômage dans la région de Tataouine varie entre 30 et 50 % et il compte parmi les taux les plus élevés de chômage des jeunes dans le pays, 58 %.
