Tunisie: Le boom des jeux de société réadaptés à la culture locale

Réinventer le jeu des sept familles avec des héros carthaginois ou briser la glace en soirée grâce à un jeu de cartes avec des questions qui poussent à sortir de sa coquille : en Tunisie, des jeunes réinventent des jeux de société à leur manière, une façon de s'approprier l'histoire mais aussi d'évoquer certaines thématiques sociétales taboues via un aspect ludique.

Dans son jeu des sept familles, intitulé « Héros de Tunisie », Hela Majdoub revisite les 3 000 ans d'Histoire du pays à travers sept dynasties et un QR code sur chaque carte qui permet aux enfants d'en savoir plus sur ces personnages historiques : « On a voulu faire un contenu pédagogique en lien avec le programme scolaire, comme support alternatif. Car aujourd'hui, les enfants ont du mal avec le côté scolaire des livres d'Histoire. Donc, là, c'est plus accessible et c'est leur histoire. »

Et pour les adultes, le coach Karim Boulakbech s'est orienté vers un jeu de cartes appelé « Présence », avec différents niveaux de questions : celles pour briser la glace en soirée jusqu'à celles plus intimes et introspectives. « Ça peut évoquer des sujets que l'on veut évoquer, mais on n'a pas trouvé nécessairement de prétexte pour les évoquer. Concrètement, il y a eu des personnes qui ont pris le jeu en main pour avoir ce genre de discussion en jouant avec leur enfant. Et le jeu c'est pour aider à baisser naturellement les barrières émotionnelles, les personnages et les masques sociaux. »

Le boom des jeux de société tunisiens est en plein essor : plus d'une cinquantaine ont été créés ces quatre dernières années.

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Quand j'ai commencé mon projet ici, on m'a pris un peu pour un fou parce qu'on n'a pas cette culture des jeux de société. D'habitude, on joue aux jeux ancestraux comme le rami, la belote, la chkobba... Ces dernières années, on joue au Monopoly ou au Uno, un peu pendant le ramadan. Mais il n'y avait pas de jeu de culture générale tunisienne qui est basé sur la culture tunisienne. Donc, c'était un pari à prendre et en fait ça a marché parce que les Tunisiens aiment la culture tunisienne. Mais, en même temps, ils ne sont pas conscients du fait qu'ils ne sont pas assez cultivés sur la Tunisie. Les dates clés, c'est vraiment une catégorie très difficile pour les Tunisiens, parce qu'ils ne retiennent pas les dates. Il y a beaucoup de manques de culture en histoire, en géo, en cinéma, étonnamment. Ils ont plus tendance à regarder le cinéma américain ou français ou même égyptien ; que le cinéma tunisien, malgré le fait qu'on a quand même une culture assez large en cinéma. Donc, ils découvrent en plus parfois des informations à travers « Harissa », par exemple avec la première salle de cinéma ouverte en 1908. Ils ne savaient pas qu'en 1908, on pouvait avoir du cinéma ou que les Frères Lumière ont visité la Tunisie pour présenter le concept de cinéma et de photo.

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