Afrique: La Tunisie face au défi de la plaisance - Un potentiel immense encore sous-exploité

La Tunisie doit accélérer le développement de son secteur de la plaisance pour valoriser un potentiel encore largement sous-exploité, estime Anis Zarrouk, secrétaire général de la chambre nationale des gestionnaires des ports, des industries, des services et des activités nautiques de plaisance, dans une interview accordée à RTCI. Selon lui, le pays dispose d'atouts majeurs avec 1 300 kilomètres de côtes, une position stratégique en Méditerranée et un climat favorable toute l'année, mais reste en retard sur ses concurrents régionaux et européens.

Le responsable souligne d'abord les limites des infrastructures portuaires. Si les ports tunisiens se préparent chaque année à la saison estivale à travers des opérations de maintenance et un renforcement des équipes, plusieurs insuffisances persistent. Il cite notamment l'absence de services de base comme les restaurants ou kiosques dans certains ports, le manque de zones de carénage destinées à la maintenance des embarcations ainsi que l'insuffisance d'espaces capables d'accueillir de grandes unités. Pour lui, le développement du secteur nécessite un investissement structurant inspiré des modèles internationaux, déjà observés lors des échanges avec des acteurs européens et des salons nautiques.

Sur le plan de l'attractivité, Anis Zarrouk met en avant un avantage concurrentiel important, à savoir des prix nettement plus bas que ceux pratiqués en Europe. Il évoque également la diversité du territoire tunisien, entre littoral, zones forestières du nord et régions désertiques du sud, ainsi qu'un héritage maritime ancien de plusieurs millénaires. Ces éléments permettent surtout d'attirer aujourd'hui une clientèle de plaisanciers de taille moyenne, tandis que la grande plaisance reste limitée à des escales techniques pour les méga yachts, sans véritable séjour touristique.

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Le déficit d'infrastructures reste toutefois un frein majeur. Dans le nord du pays, seule la marina de Bizerte offre une capacité significative, alors que des zones comme Mahdia, Sfax ou Zarzis ne disposent pas encore d'équipements adaptés. Anis Zarrouk compare cette situation à celle d'autres destinations méditerranéennes comme la Sicile ou Malte, qui disposent d'un réseau dense de ports de plaisance malgré des littoraux comparables ou plus réduits. Il en conclut que la Tunisie doit augmenter rapidement son nombre de ports pour espérer devenir un hub régional.

L'intervenant insiste également sur le rôle économique de la plaisance comme porte d'entrée vers un tourisme intégré. Les plaisanciers constituent une clientèle à fort pouvoir d'achat susceptible de consommer dans d'autres secteurs comme la thalassothérapie, le golf, le padel ou encore le tourisme culturel et écologique. Il appelle à renforcer la coopération entre ports et agences de voyages afin de mieux orienter ces visiteurs vers l'offre touristique nationale.

La montée en gamme du secteur passe aussi par la certification et les normes environnementales. Anis Zarrouk cite notamment les labels ISO 14001, port propre ou pavillon bleu comme des outils essentiels pour renforcer la compétitivité internationale. Le port de Monastir est déjà certifié ISO 14001, tandis que d'autres démarches sont en cours. Il évoque également un projet de création d'un label tunisien destiné à être valorisé à l'international grâce au numérique.

Sur le plan environnemental, il insiste sur la nécessité de concilier développement et protection du littoral. Tous les projets portuaires font l'objet d'études d'impact, et il recommande de privilégier des structures légères et démontables plutôt que des constructions en béton. Il estime par ailleurs que les ports de plaisance ne sont pas à l'origine de la pollution littorale, celle-ci provenant principalement de sources extérieures transportées par les courants marins. L'enjeu principal pour les ports reste selon lui la réduction des émissions carbone via la transition énergétique.

Enfin, Anis Zarrouk identifie trois grands domaines de métiers liés au secteur, à savoir la maintenance navale avec des mécaniciens et électriciens spécialisés, la gestion opérationnelle des ports et les services d'accueil et administratifs. Il considère que le développement de la plaisance permettrait à la fois de renforcer l'attractivité touristique et de créer des emplois qualifiés.

Il plaide pour une vision stratégique à l'horizon 2030 structurée autour de quatre axes, la réforme du cadre réglementaire pour encourager l'investissement et la production locale, l'extension et la création de ports, le renforcement de la formation professionnelle et enfin la priorité donnée à la propreté du pays, condition essentielle à toute ambition durable dans le secteur.

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