Le 28 janvier prochain marquera le deuxième anniversaire du départ des pays de l'AES de la CEDEAO et de fait la naissance de la confédération de l'Alliance des Etats du Sahel suite à l'adoption de la Charte de Liptako Gourma, le 16 Septembre 2023. Au-delà de la symbolique que pourrait représenter ces dates, l'interrogation centrale, qui de toute évidence ne peut être éludée, est celle de la question sur le Cap, qui a été fixé par les trois chefs d'états réunis au sein de cette nouvelle organisation.
Pour rappel, il serait bon de souligner que le dénominateur commun qui a déclenché au Mali ,au Burkina et au Niger, l'arrivée au pouvoir des militaires, a été à « minima » l'incapacité des autorités civiles de l'époque à prendre en charge la lutte contre les forces terroristes et à arrêter l'hécatombe au sein des armées, malgré les soutiens de Barkhane et du G5 Sahel. N'eut été la menace d'intervention militaire de la CEDEAO pour rétablir le régime déchu du président Mohamed Bazoum, le pacte de solidarité sécuritaire ainsi crée pour y faire face, n'aurait pas abouti de sitôt à un bloc politique, ni remis en cause le principe d'une transition, devant déboucher sur des élections libres et démocratiques.
Cependant, si les objectifs fixés au départ étaient clairs au regard des contextes socio politique et sécuritaires de l'époque, le cap fixé n'offre plus aujourd'hui une lisibilité nette sur le processus devant mener à des régimes démocratiques, c'est le moins qu'on puisse dire.
Au demeurant de nombreux pas ont été posés sur le chemin du rétablissement des institutions, notamment en ce qui concerne la sécurité collective, le volet institutionnel confédéral, et enfin la politique étrangère et l'intégration économique.
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Est-ce pour autant que l'on peut dire que le Cap fixé est bien tenu, et que l'AES marche résolument vers son objectif ? La réponse ne peut être tranchée, quand bien même le 2ème sommet des chefs d'état des 22 et 23 Décembre 2025 a posé des actes forts, avec d'une part, l'inauguration de la Télévision de l'AES et le lancement des travaux préparatoires de la Banque confédérale d'investissement et de Développement de l'AES, et d'autre part, la mise en place de la force Unifié de l'AES par le Général Assimi Goita le 20 décembre à Bamako, en attendant celle du Parlement Confédéral dont l'adoption du texte constitutif était prévue le mois de décembre dernier, mais elle tarde encore.
La question centrale du retour à la normalité démocratique, n'est pas encore d'actualité face à la résurgence de l'insécurité, et bien entendu les restrictions observées sur les libertés publiques, notamment au niveau des acteurs politiques.
Le paradoxe est que la crise sécuritaire qui a pris de nouvelles formes, déborde sur de nouveaux territoires, sans que cela n'induise des situations de récession économique, voire de quasi blocage des échanges.
En effet, le Burkina Faso a enregistré en 2025 un taux de croissance de son PIB de 4 à 5,6%, le Mali quant à lui a fait 5%, selon le FMI, et le Niger lui cartonne à 14,4% selon la Banque mondiale, malgré l'embargo qui les frappait vis-à-vis des pays de la CEDEAO notamment.
C'est dire qu'à l'échelle du PIB les capacités de résilience des pays de l'AES sont indéniables. Est-ce suffisant pour transcender le défi sécuritaire et celui du financement du développement ? D'ores et déjà le projet de Banque d 'investissement et de développement de l'AES avec un capital de 500 milliards CFA ouvre une perspective, sans oublier la piste du marché financier régional de l'UEMOA, ou les levées de fonds importantes ont permis à ces états de l'AES de mobiliser des financements dans la stratégie de financement du budget