Le Mali a approuvé la prise d'une participation majoritaire de 51 % dans une nouvelle société d'explosifs industriels, renforçant ainsi le contrôle de l'État sur une chaîne d'approvisionnement essentielle à l'exploitation minière et à la sécurité.
La décision, approuvée par le Conseil des ministres, donne au gouvernement une participation majoritaire dans FARATCHI-CO SA, une coentreprise avec la société chinoise Auxin Chemical Technology. L'entreprise produira des explosifs à usage civil pour l'exploitation de l'or, du lithium et des carrières, réduisant ainsi la dépendance à l'égard des importations.
Auxin détiendra les 49 % restants et fournira le financement et l'expertise technique nécessaires à la construction de l'usine dans un délai de 12 mois. L'entreprise fournit déjà des explosifs à six pays africains et est soutenue par le groupe chinois NORINCO, qui opère dans les secteurs de l'industrie et de la défense.
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Les autorités ont déclaré que la participation de l'État permettrait de renforcer la surveillance, de sécuriser les matériaux sensibles et d'améliorer la fiabilité de l'approvisionnement dans un contexte d'insécurité régionale. Les explosifs sont des intrants essentiels pour l'industrie extractive du Mali, qui est à l'origine des recettes d'exportation et des recettes fiscales.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre du code minier malien de 2023, qui a augmenté les fonds propres obligatoires de l'État et renforcé les règles en matière de contenu local. Elle reflète également un pivot plus large du Mali, du Burkina Faso et du Niger vers la Chine et la Russie, alors que les gouvernements étendent leur contrôle sur les industries stratégiques.
Le Mali abrite environ 30 exploitations industrielles d'or et deux projets de lithium, bien que la production d'or ait chuté de 23 % l'année dernière en raison de changements réglementaires et de pressions sécuritaires.
Points clés à retenir
La décision du Mali montre comment les gouvernements du Sahel remodèlent les chaînes d'approvisionnement en ressources. En s'assurant une participation majoritaire dans la production d'explosifs, l'État s'attaque à un goulot d'étranglement critique qui affecte la production minière, le calendrier des projets et les risques pour la sécurité.
La production locale réduit l'exposition aux retards d'importation et aux perturbations transfrontalières, un problème récurrent pour les pays enclavés confrontés à l'instabilité. Elle permet également aux autorités de mieux contrôler les matériaux présentant des risques de double usage. Pour la Chine, le partenariat permet d'étendre l'empreinte industrielle au-delà de l'extraction, vers les intrants en amont, et d'approfondir les liens à long terme par le biais de la technologie, de la formation et de la maintenance.
Le rôle d'Auxin consiste à apporter une capacité technique tout en ancrant les opérations dans des structures soutenues par l'État. Cette stratégie implique des compromis. Une plus grande implication de l'État peut rassurer les gouvernements en matière de sécurité et d'accaparement de la valeur, mais pourrait susciter des inquiétudes chez certains investisseurs en ce qui concerne la prévisibilité et la gouvernance. La baisse de la production l'année dernière souligne la nécessité de règles stables et d'un contrôle plus strict.
Si l'usine est mise en service comme prévu, le Mali vérifiera si la combinaison de la propriété de l'État et de l'expertise chinoise peut stabiliser la production et soutenir la croissance minière dans un contexte géopolitique changeant au Sahel.