Il y avait déjà une vraie guerre militaire qui s'était installée dans la durée. Le 27 janvier dernier, cela faisait un an en effet que Goma, la capitale du Nord-Kivu, située en face du Rwanda, était tombée sous les coups de boutoir de l'AFC/M23 (Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars).
Ensuite, d'autres villes sont tombées dans l'escarcelle de cette alliance rebelle, comme Bukavu, Uvira ou Bunagana, sans oublier l'emprise du M23 sur des sites stratégiques, notamment miniers, avec le soutien du Rwanda, dont la participation au conflit est désormais avérée.
Pourtant, ce ne sont pas les démarches pour réconcilier les deux pays qui ont manqué parmi les plus emblématiques, on peut citer les accords de Washington et de Doha, tous deux restés lettre morte. Depuis lors, le bruit de la canonnière s'est poursuivi de plus belle, aucun des deux chefs d'Etat ne voulant plus voir l'autre, pas même en peinture.
Et comme pour ne rien arranger, après la vraie guerre militaire, c'est aujourd'hui une autre guerre, diplomatique celle-là, qui vient se greffer à la première. Il s'agit de la bataille pour le poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), occupé par la Rwandaise Louise Mushikiwabo depuis janvier 2019, après avoir été élue en octobre 2018, puis reconduite lors du 18e sommet tenu à Djerba, en Tunisie, en novembre 2022.
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L'actuelle SG veut donc briguer un troisième mandat. L'élection est prévue pour novembre prochain, soit sans 10 mois, au Cambodge, et la République démocratique du Congo, premier pays francophone du monde, tient à avoir sa revanche, surtout que Kigali a promis une fois encore de soutenir son ancienne ministre des Affaires étrangères.
Quand on se rappelle que cette dame avait été élue à la grande stupeur de beaucoup de pays qui trouvaient que c'était une prime à l'autocratie pour un pays qui, à leurs yeux, fait peu cas de la démocratie et des droits de l'Homme, on imagine la tension qui règnera. Et cette fois-ci le rival étant encore le Rwanda, la RDC ne veut pas s'en laisser conter, intensifiant son lobbying auprès de personnalités ressources. « La République démocratique du Congo est le plus grand pays francophone au monde, mais en 55 ans d'existence de l'OIF, elle n'a jamais occupé ce poste stratégique. Il est temps que notre pays brille sur la scène internationale » : voilà le cri du coeur d'un des membres influents d'un mouvement, le MOREL, mis sur la sellette pour l'occasion.
On imagine donc que cette élection, si toutefois elle devait opposer le Rwanda et la RDC, ne serait pas un facteur de paix, mais contribuerait plutôt à agrandir le clivage entre deux nations qui ont la même langue en partage. Et ce serait dommage.