Quarante-huit heures après son éviction de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a opéré un retour fracassant au premier plan institutionnel. Candidat unique au perchoir suite à la démission d'El Malick Ndiaye, l’ancien Premier ministre a été plébiscité ce mardi 26 mai 2026 à la présidence de l’Assemblée nationale en récoltant 132 voix sur 133 votants, avec une seule abstention.. Fraîchement installé, le nouveau patron du législatif a prononcé un discours de rupture historique devant les parlementaires. Loin de sonner la fin de sa carrière politique, ce vote consacre l'avènement d'un bras de fer inédit au sommet de l'État, où le Parlement se dresse désormais en gardien vigilant face au pouvoir présidentiel.
Félicitations et divergences assumées avec Ahmadou Al Aminou Lô
Dès l'entame de sa prise de parole, Ousmane Sonko a sacrifié aux usages républicains en adressant ses félicitations à son successeur, dont il a souligné le profil de technicien rigoureux. « Permettez-moi, au nom de la République du Sénégal une et indivisible, d'adresser mes chaleureuses félicitations [...] à M. Ahmadou Al Aminou Lo, qui hier a été nommé Premier ministre de la République du Sénégal », a-t-il déclaré. Rappelant qu'il connaît personnellement le nouveau chef du gouvernement pour l'avoir fait nommer secrétaire général de l'équipe qu'il dirigeait, il a salué un collaborateur avec qui il a œuvré sur les référentiels de l'Agenda national de transformation Sénégal 2050.
Cependant, le nouveau président du Parlement a immédiatement levé le voile sur les désaccords de fond qui ont précipité la rupture avec le palais présidentiel. Le leader des patriotes a publiquement assumé d'importantes lignes de fracture macroéconomiques avec la nouvelle équipe gouvernementale : « Je dois à la vérité que nous avons certaines divergences sur certaines questions, notamment la question monétaire, la gestion de la dette et d'autres questions similaires », a-t-il ainsi formulé.
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Mise à l'écart du PASTEF et dénonciation d'un système d'hyperprésidentialisme
Évoquant les coulisses de la formation du nouveau cabinet, le président de l'Assemblée nationale a jeté un pavé dans la mare en révélant que sa formation politique, bien que majoritaire, avait été délibérément tenue à l'écart des récentes décisions de Bassirou Diomaye Faye. L'organisation politique n'a été associée ni aux consultations pour le choix du Premier ministre, ni à celles concernant la constitution de l'attelage ministériel, a-t-il déploré. Face à cette concentration des pouvoirs, l'ancien chef du gouvernement a théorisé la nécessité d'un rééquilibrage institutionnel immédiat, fustigeant la trajectoire politique actuelle de l'exécutif : « On ne peut pas être dans un système d'hyperprésidentialisme au Sénégal aujourd'hui. Et la configuration actuelle en a décidé ainsi », a-t-il fermement soutenu.
Pour Ousmane Sonko, la légitimité populaire issue des urnes ne saurait justifier une simple permutation des élites. Rappelant le lourd tribut payé par la jeunesse et les militants pour rendre possible la révolution citoyenne de 2024, il a martelé que le projet portait une exigence de dignité que les dirigeants ne peuvent pas marchander pour de simples calculs d'opportunité.
La « fatigue morale » et le procès éthique du pouvoir
Le cœur de l'allocution s'est articulé autour d'une réflexion philosophique sur la sacralité de la gestion publique. Invoquant l'héritage du président Mamadou Dia, mais aussi les figures de Saint Augustin, Cheikh Ahmadou Bamba et Aline Sitoé Diatta, l'orateur a livré un réquisitoire contre les dérives potentielles du pouvoir d'État. « Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique. Elle peut mourir de fatigue morale », a-t-il ainsi averti, ciblant les appareils de libération qui se muent parfois en structures de domination.
Défendant son propre bilan à la primature, axé sur la transparence de la dette cachée, la renégociation des contrats miniers au profit du Sénégal, la lutte contre la corruption et la moralisation des mœurs, Ousmane Sonko a affirmé que le pouvoir est avant tout un dépôt et une charge devant les hommes et devant Dieu.
Une Assemblée nationale de contrôle, loin du chaos
Tout en rejetant l'étiquette de fauteur de troubles, le nouveau patron du législatif a prévenu que l'hémicycle ne serait plus une simple caisse de résonance du palais présidentiel. Il a tenu à préciser qu'il n'utiliserait pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel ou pour nourrir des vendettas personnelles, car ce serait trahir son propre combat. Néanmoins, la rupture avec le fonctionnement parlementaire antérieur est consommée. Le président de l'institution a promis que l'Assemblée nationale déploiera avec fermeté toute l'armature de ses prérogatives de contre-pouvoir :
« L'Assemblée nationale ne sera pas une chambre d'enregistrement. Elle contrôlera l'action gouvernementale. Elle exercera pleinement ses prérogatives constitutionnelles de vote des lois, de contrôle de l'action du gouvernement et d'évaluation des politiques publiques. Elle usera de tous les leviers de contre-pouvoir constitués », a-t-il solennellement prévenu.
En guise de conclusion, le président de l’Assemblée nationale nouvellement élu, Ousmane Sonko, a tendu la main à l'ensemble des députés, de la majorité comme de l'opposition, estimant que l'histoire retiendrait moins les postes occupés que les principes défendus au moment de choisir entre le confort ou la vérité.