Ce n'est pas la première fois que Paul Biya effectue un « bref » séjour qui se révèle finalement « long » au fil du temps. Habitué au pilotage automatique, son avion est toujours parti... Pour la petite anecdote, il se raconte même qu'il est plus facile de voir le président camerounais dans son chalet en Suisse que dans son palais d'Etoudi, à Yaoundé.
Cette fois encore, il a quitté la capitale politique le 7 juin dernier pour un court séjour. Encore... Et depuis 58 jours, plus de nouvelles. Silence radio. Ses sujets se perdent en conjectures, s'interrogeant sur l'absence de leur père, de leur grand-père et, pour certains, même de leur arrière-grand-père.
Il est vrai qu'à 93 ans, les petits bobos ont tendance à devenir de plus en plus grands. On peut donc comprendre que certaines absences s'allongent avec le temps. Il n'empêche, les Camerounais s'interrogent, malgré les nombreux décrets signés, semble-t-il, par le président himself.
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Depuis son refuge, le chef de l'Etat, qu'il semble toujours rester et demeurer, a autorisé la signature de plusieurs accords de financement. Il aurait même procédé, pas plus tard que le 3 août, à un important remaniement de la hiérarchie militaire, avec la promotion de cinq colonels au grade de général de brigade et la nomination d'un général de division au poste de major général des armées.
Avec cette nouvelle prouesse, qui s'ajoute aux précédentes, Paul Biya mériterait sans doute un doctorat honoris causa du travail à distance. Mais les Camerounais sont décidément très exigeants et la polémique ne désenfle pas. Biya, lui, ne panique pourtant pas. Il ne semble d'ailleurs pas davantage pressé de rendre public le nom du vice-président de la République, poste qu'il avait pourtant créé en mai dernier, sans jamais y nommer officiellement son titulaire.
Alors que beaucoup misaient sur son propre fils, Franck Biya, celui que l'on surnomme le Sphinx n'a toujours pas pipé mot. Il est vrai qu'avec l'âge, les trous de mémoire sont parfois au rendez-vous. Mais les Camerounais gagneraient peut-être à voir la bouteille à moitié pleine.
Sous peu, comme l'histoire semble toujours bégayer, leur président pourrait réapparaître à la descente d'un avion, lançant à ses compatriotes sa célèbre boutade : « Le fantôme vous salue. » C'était le 9 juin 2004, à son arrivée à Yaoundé. Il répondait alors avec une ironie assumée aux rumeurs persistantes annonçant sa mort lors d'un séjour à l'étranger.