Mali: Quelles pistes après l'assassinat du leader peul Boubou «Tigal» Cissé?

Boubou « Tigal » Cissé, chef du marché à bétail de Niamana et leader communautaire peul, a été assassiné mardi 18 mars dans la soirée à Bamako. Des hommes en civil ont tiré sur lui alors qu'il était encore dans sa voiture, en train de rentrer chez lui. Cet assassinat a été confirmé à RFI par son entourage et de source sécuritaire malienne. Boubou « Tigal » Cissé était connu pour son implication dans la réconciliation intercommunautaire. Il avait également mené la fronde contre le déguerpissement des marchés à bétail de Bamako, ce qui lui avait valu d'être enlevé par la Sécurité d'État en novembre 2024. Les détails et les premières pistes après cet assassinat.

Il est environ 19 heures, mardi 18 mars. Boubou Cissé, surnommé Boubou « Tigal », rentre chez lui en voiture, avec son chauffeur. Le véhicule est presque parvenu devant son domicile lorsque surgissent deux hommes à moto, en civil et le visage découvert. Ils lui tirent dessus à bout portant à plusieurs reprises. Selon le récit fait à RFI par son entourage, le chauffeur parvient à prendre la fuite, pendant que les tueurs prennent soin de photographier le corps sans vie de Boubou « Tigal » Cissé, avant de repartir.

Opposé aux déguerpissements

Boubou « Tigal » dirigeait le garbal du quartier de Niamana, le plus important marché à bétail de Bamako. En novembre 2024, il avait mené la contestation contre le déguerpissement des marchés à bétail de la capitale, décidé par les autorités de transition après les attaques jihadistes qui avaient endeuillé Bamako en octobre. Les autorités soupçonnent ces marchés d'être des repères de jihadistes.

Boubou « Tigal » avait notamment lancé un mouvement de grève, ce qui lui avait valu d'être enlevé et détenu plusieurs jours dans une prison secrète de la Sécurité d'État du Mali, en novembre. Actuellement, le marché à bétail de Niamana est toujours en place.

Impliqué dans les accords locaux

Boubou « Tigal » Cissé était également connu pour son implication dans la réconciliation intercommunautaire et dans la mise en place, dès 2019, d'accords locaux impliquant les jihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda). Principalement dans des communes du Macina, dans le centre du Mali, aux côtés du marabout Komani Tanapo dont il était très proche.

Le prestigieux marabout a quant à lui été tué en détention par l'armée malienne et ses partenaires du groupe Wagner, comme l'avait révélé RFI : c'était il y a un an, en mars 2024, sans aucune forme de procédure judiciaire et après plusieurs semaines de torture. Les notabilités impliquées autrement que par les armes dans la défense des populations subissant, dans certaines parties du Mali, la domination du Jnim, sont régulièrement soupçonnées par les autorités militaires ou politiques de collusion avec les jihadistes.

Pas un procédé habituel de la Sécurité d'État

Certaines sources s'interrogent dès lors sur l'éventuelle implication de la Sécurité d'État dans l'assassinat de Boubou « Tigal ». « Ce n'est pas la Sécurité d'État », assure de façon catégorique une source sécuritaire malienne, qui déplore même un événement « terrible ». « La Sécurité d'État ne tue jamais quelqu'un comme ça en ville », poursuit cette source. De fait, si les services maliens de renseignements n'hésitent pas à recourir à des enlèvements extra-judiciaires et à torturer leurs détenus, les assassinats de ce type ne correspondent pas aux procédés habituels ou notoires. Ce qui ne suffit toutefois pas à écarter définitivement cette piste.

Direction du marché et conflit foncier

Selon cette source sécuritaire, il s'agirait plutôt d'un règlement de compte « entre Peuls » : une frange proche des autorités maliennes de transition souhaitait remplacer Boubou « Tigal » à la tête du garbal de Niamana. D'importantes sommes d'argent lui auraient même été proposées, en vain. Des sources proches de Boubou « Tigal » confirment que la place était convoitée. Le nom d'un cadre communautaire peul ne cachant pas sa proximité avec le gouvernement de transition est cité par plusieurs interlocuteurs, sans qu'aucun lien ne puisse être établi.

Plusieurs sources communautaires rappellent également que Boubou « Tigal » Cissé était en conflit foncier au sujet d'une parcelle du marché de Niamana. L'affaire, qui a parfois dégénéré en affrontements physiques, a été portée devant la justice.

De source sécuritaire malienne, trois suspects ont déjà été interpellés dans le cadre de l'enquête : « une femme et deux hommes », sans davantage de précisions sur leurs éventuels liens avec l'assassinat.

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