Au Soudan du Sud, l'émotion est vive suite à la publication de vidéos en provenance du Soudan en guerre. Elles montrent des atrocités commises à l'encontre de Sud-Soudanais et de Soudanais originaires de l'ouest du Soudan par des membres de l'armée soudanaise, tués par soif de vengeance à l'encontre des paramilitaires FSR. Le ministère des Affaires étrangères à Juba a convoqué l'ambassadeur Soudanais mercredi 15 janvier. Jeudi, des manifestations ont eu lieu à Juba, les discours de haine prolifèrent et la société civile se mobilise pour demander des comptes.
Ces tueries filmées et diffusées sur les réseaux sociaux ont été perpétrées sur un nombre pour l'instant inconnu de civils Soudanais et Sud-Soudanais, peu après la capture de la ville stratégique de Wad Madani par l'armée soudanaise samedi 11 janvier. Les vidéos sont insoutenables. Des hommes portant l'uniforme de l'armée soudanaise arrêtent, exécutent, égorgent des civils et se filment, paradant en toute impunité.
John Samuel Bowgo, le sous-secrétaire du Ministère des Affaires étrangères, explique avoir convoqué l'ambassadeur soudanais pour exprimer l'inquiétude de Juba et demander à ce que les autorités soudanaises facilitent une visite sur place, à Wad Madani : « Ainsi, nous pourrons recueillir les faits, voir ce qui est arrivé et à qui, offrir des services consulaires et aussi informer leurs familles qui sont au Soudan du Sud. »
L'ambassadeur du Soudan, Isam Mohamed Hassan Karrar a quant à lui affirmé que ces « violations des droits humains » avaient été commises par des « membres de milices » : « Nous avons créé une commission pour enquêter sur ces crimes, afin que leurs auteurs soient identifiés et arrêtés, et afin de comprendre les motivations de ces criminels. » L'armée soudanaise a condamné les atrocités et les a qualifiées « d'actes individuels » dans un communiqué du 14 janvier.
Appel au calme après des attaques de commerces soudanais à Juba
La société civile s'est largement mobilisée ce jeudi à Juba, notamment les membres de l'Appel pour l'évacuation des Sud-Soudanais coincés dans la guerre au Soudan. Taban Paride Lokasmoi, président du syndicat national de la jeunesse du Soudan du Sud, s'est dit « dévasté » et « traumatisé » : « Nous demandons à notre gouvernement, aux agences de l'ONU et tout particulièrement au HCR, car les personnes tuées sont des réfugiés, de rapatrier ou d'évacuer les Sud-Soudanais vers un lieu sûr. »
Il appelle à la création d'une commission d'enquête internationale et demande aux jeunes Sud-Soudanais de rester « pacifiques » dans leurs protestations. La présidence sud-soudanaise a envoyé un appel au calme dans la soirée du jeudi 16 janvier, alors que des troubles ont éclaté à Juba vers 20h. Des groupes de jeunes en colère sont sortis et ont attaqué et pillé des commerces tenus par des Soudanais. Les forces de sécurité ont été déployées, et des tirs ont été rapportés dans plusieurs endroits de la capitale.